Le e-learning, bonne conscience ou réel impact en formation ?

L'e-learning : est-ce vraiment efficace ou juste pour se donner bonne conscience en formation ?

L'e-learning est devenu quelque chose d'évident pour beaucoup. Il coûte moins cher, il est plus rapide, et on peut y accéder n'importe où, n'importe quand. Sur le papier, il semble remplir tous les critères... en apparence.

Pourtant, il y a une question qu'il faut se poser franchement, sans faux-semblants commerciaux ou discours préfabriqués : qu'est-ce que ça change vraiment sur notre façon d'apprendre et sur la manière dont on applique les choses au quotidien ?

L'e-learning : surtout un moyen de se rassurer

L'e-learning, c'est vrai, ça rassure. Du côté des entreprises, on se dit : « On a formé nos équipes. », « Tout le monde a accès au contenu. » « C’est tracé, mesuré, piloté. »

Pour les organismes de formation, c'est aussi tentant : les coûts de production sont faibles, il n'y a pas besoin de se déplacer, ni de gérer une logistique compliquée. 

Un contenu est créé une fois et peut être vendu sans limite. Avec une simple vidéo, une plateforme et un bon système de vente, ça ressemble à la solution parfaite. Sur le papier, c’est un modèle idéal. Ça donne l'impression que le travail de formation est bel et bien accompli.

Pour moi, former, ce n’est pas exposer à un contenu.

Le gros argument qu'on entend souvent : « l'apprenant peut se former quand il le souhaite »

Oui, c'est vrai, quelqu'un qui se forme peut très bien lancer une vidéo : entre deux réunions, tard le soir, pendant une pause, ou même...en s'occupant d'autre chose.

C'est justement à ce moment-là que l'on voit les limites de cette idée reçue. Est-ce qu'un vendeur peut analyser ses actes de vente en regardant ds vidéos ?

Une réalité que beaucoup hésitent à reconnaître

Je n'ai jamais vraiment vu, sur le long terme, quelqu'un rester concentré une heure ou plus devant des vidéos de formation. Il y a des exceptions, bien sûr : si la personne est vraiment passionnée par le sujet, si l'enjeu personnel est très important ou si la motivation vient d'elle-même.

Le plus souvent, on regarde que quelques minutes, puis on perd le fil, on répond à un message, on fait autre chose. Et ce qui est encore pire, c'est qu'on peut laisser la vidéo tourner juste pour pouvoir dire : « Oui, je l'ai regardée. » J'en connais qui regardent toutes les vidéos en accéléré .

Beaucoup d'entre nous l'ont déjà expérimenté.

Quand la technologie révèle le problème

Certaines plateformes de formation vont même jusqu'à vérifier si vous êtes bien devant l'écran, à détecter si vous ne bougez plus et à empêcher d'avancer rapidement dans la vidéo.

Prenons un moment pour y penser. Si on doit s'assurer que la personne est bien présente, cela veut dire que le système lui-même ne parvient pas à la garder attentive. On ne s'amuse pas à vérifier si quelqu'un est là pendant une discussion passionnante.

La pression sur les prix et l'attrait du profit facile, un peu comme une « machine à sous »

Il faut aussi oser aborder un autre point important : le modèle économique derrière tout ça.

Sous la pression, des budgets formation, de la concurrence et de la demande du marché, beaucoup d'organismes, y compris des noms très connus, se sont massivement tournés vers l'e-learning. Pourquoi donc ?

Parce que l'investissement de départ est faible, la marge peut être élevée, et on peut vendre le contenu à l'infini. Une vidéo bien produite se transforme alors en un simple produit.

Un produit, ce n'est pas la même chose qu'une vraie transformation !

Voir du contenu, ce n'est pas apprendre. C'est sans doute le point essentiel.

Le fait de voir, d'entendre ou de lire une information ne veut pas dire qu'on sait l'utiliser, l'adaptateur ou la mettre en pratique de manière concrète. Dans les domaines de la formation comme la vente, la relation client, la négociation ou la communication, les compétences se développent grâce à l'interaction, à la confrontation d'idées, aux retours (feedback), à l'expérimentation et même aux erreurs. Ce sont des choses que l'e-learning seul a du mal à proposer.

Le véritable danger : croire qu'on est formé

Ce n'est pas l'e-learning lui-même qui est dangereux. Le vrai danger, c'est de se dire que : « Puisque le module de formation est là, la compétence l'est aussi. » C'est une erreur.

On peut très bien valider un module, afficher des taux de réalisation élevés, et avoir des tableaux de suivi détaillés, sans que cela ne change vraiment les choses sur le terrain. Alors, on se donne bonne conscience au lieu d'avoir un vrai impact.

Donc, doit-on pour autant rejeter l'e-learning en bloc ?

Non, pas du tout. Mais il est important de le remettre à sa bonne place. L'e-learning peut servir à préparer les esprits, à poser un cadre, à donner des bases, ou à consolider ce qui a été appris plus tard.

De plus, il devient réellement efficace lorsqu'il fait partie d'un parcours plus complet, qui mêle du contenu en préparation, des échanges avec d'autres personnes, de la pratique concrète et des retours personnalisés.

Pour moi, dans mon domaine, il est impossible de monter en compétences en ne faisant que de l'e-learning.

En conclusion : former, ce n'est pas simplement transmettre de l'information.

Pour moi, former, c'est avant tout amener les gens à prendre conscience de quelque chose pour qu'un changement se produise, et les soutenir dans cette démarche.

L'e-learning peut certainement aider à atteindre cet objectif. Mais s'il devient le but unique, s'il est vu comme un simple produit et non comme une véritable expérience d'apprentissage, alors il ne fera que rassurer sans réellement transformer les choses.

En formation, il faut bien le dire, se donner bonne conscience n'a jamais aidé personne à développer ses compétences.

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