Le e-learning : bonne conscience ou réel impact en formation ?
Le e-learning s’est imposé comme une évidence. Moins cher, plus rapide, il est accessible partout, tout le temps. Il coche toutes les cases… en apparence.
Mais une question mérite d’être posée, honnêtement, sans posture marketing ni langue de bois : quel est son impact réel sur l’apprentissage et la transformation des pratiques ?
Le e-learning : un formidable générateur de bonne conscience
Le e-learning rassure. Côté entreprises, « On a formé nos équipes. », « Tout le monde a accès au contenu. » « C’est tracé, mesuré, piloté. »
Côté organismes de formation, il y faible coût de production, aucun déplacement, aucune logistique lourde, un contenu créé une fois… et vendu à l’infini ! Une vidéo, une plateforme, un tunnel de vente, cela apparait comme la solution idéale.
Sur le papier, le modèle est parfait : Il donne le sentiment que le travail est fait.
Pour moi, former, ce n’est pas exposer à un contenu.
L’argument massue : « l’apprenant peut se former quand il veut »
C’est vrai, l’apprenant peut lancer une vidéo :
- entre deux réunions,
- le soir tard,
- pendant une pause,
- ou… en faisant autre chose.
Et c’est là que le mythe commence à se fissurer.
Une réalité que beaucoup n’osent pas dire
Je n’ai jamais observé, sur la durée, un apprenant rester concentré une heure ou plus devant une ou plusieurs vidéos de formation, sauf exception : passion réelle pour le sujet, enjeu personnel très fort, motivation intrinsèque élevée.
Dans la majorité des cas on regarde quelques minutes, on décroche, on répond à un message, on fait autre chose ! Pire encore, on laisse tourner la vidéo, pour pouvoir dire : « je l’ai faite ». Nous sommes nombreux à l'avoir vécu.
Quand la technologie trahit le problème
Certaines plateformes vont jusqu’à mesurer la présence devant l’écran, détecter l’inactivité et bloquer l’avance rapide.
Prenons un instant pour réfléchir. Si l’on doit vérifier que quelqu’un est bien là… c’est que le dispositif, en lui-même, ne suffit pas à engager.
On ne mesure pas la présence dans une conversation passionnante. On ne contrôle pas l’attention dans une expérience qui fait sens.
Le contrôle est souvent le symptôme d’un manque d’engagement.
La pression du prix et la tentation de la « machine à sous »
Il faut aussi avoir le courage de parler d’un autre sujet : le modèle économique.
Sous la pression, des budgets formation, de la concurrence et du marché, beaucoup d’organismes, y compris certaines figures très connues, ont basculé massivement vers le e-learning.
Pourquoi ?
Parce que l’investissement est faible, la marge est forte, la vente est potentiellement infinie. Une vidéo bien montée devient un produit. Aussi un produit n’est pas une transformation !
Exposition au contenu ≠ apprentissage
C’est probablement le point le plus important. Voir, entendre ou lire une information ne signifie pas savoir l’utiliser, savoir l’adapter ou savoir l’incarner.
En formation notamment en vente, relation client, négociation et communication, la compétence se construit par l’interaction, la confrontation, le feedback, l’expérimentation et l’erreur. Autant d’éléments que le e-learning seul peine à offrir.
Le vrai risque : l’illusion de formation
Le danger n’est pas le e-learning. Le danger, c’est de croire que :
« Puisque le module existe, la compétence existe. »
C’est faux.
On peut cocher une case, afficher un taux de complétion, produire des tableaux de suivi, sans que rien ne change réellement sur le terrain.
La bonne conscience remplace alors l’impact.
Alors, faut-il jeter le e-learning ?
Non.
Mais il faut lui rendre sa juste place. Le e-learning peut être utile pour préparer, cadrer, transmettre des bases, consolider après coup.
Aussi, il devient vraiment efficace lorsqu’il est intégré dans un parcours mixte du contenu en amont, de l’interaction humaine ensuite, de la pratique réelle et du feedback personnalisé. Je ne crois pas à la montée en compétences dans mon domaine, au 100 % e-learning
Conclusion : former, ce n’est pas diffuser
Pour moi, former, c’est créer une prise de conscience afin de provoquer un changement et l'accompagner.
Le e-learning peut soutenir cette ambition. Mais lorsqu’il devient une fin en soi, quand il est pensé comme un produit plutôt que comme une expérience, il rassure plus qu’il ne transforme.
Et en formation, la bonne conscience n’a jamais fait monter personne en compétence.










